Mélancolie de la gravure
714 Sablier et pots, aquatinte sur laiton, 23 x 105 mm, 1992. Le tirage comprend : quatre épreuves d'états, non signées et non numérotées ; vingt-cinq épreuves signées, numérotées de 1/25 à 25/25.

722 Collines et vignes à Salquenen, aquatinte sur laiton, 90 x 205 mm, 1992. Le tirage comprend : tois épreuves d'états, non signées et non numérotées ; quarente-cinq épreuves signées, numérotées de 1/45 à 45/45.

726 Jardins et treille à San Vincenzo, aquatinte sur laiton, 150 x 195 mm, 1993. Le tirage comprend : trois épreuves d'états, non signées et non numérotées ; quarente-cinq épreuves signées, numérotées de 1/45 à 45/45 ; deux épreuves d'artiste signées, non numérotées.

753 Nature morte au moulin à café, aquatinte sur laiton, 195 x 250 mm, 1994. Le tirage comprend : six épreuves d'états, non signées et non numérotées ; cinquante-cinq épreuves signées, numérotées de 1/55 à 45/55 ; tirées sur les presses de l'atelier de Saint-Prex et réservées à l'édition de tête de l'album imprimé à l'occasion du dixième anniversaire de la Fondation Louis Moret à Martigny ; six épreuves d'artiste signées et non numérotées.

821 Vignes et arbres sur la route de Loc, vernis mou et aquatinte sur laiton, 50 x 95 mm, 1996. Le tirage comprend : deux épreuves d'états, non signées et non numérotées; trente-cinq épreuves signées, numérotées de 1/35 à 35/35.

1080 San Angelo in Vado, aquatinte et vernis mou sur laiton, 83 x 206 mm, 2003. Le tirage comprend : deux épreuves d'états, non signées et non numérotées; vingt-cinq épreuves signées, numérotées de 1/25 à 25/25.

959 Nature morte au pain de sucre, autographie, 170 x 170 mm, 1999.
Le tirage comprend: une épreuve d'état, non signée et non numérotée; vingt épreuves signées, numérotées de 1/20 à 20/20; tirées par Raynald Métraux dans son atelier de Lausanne; cinq épreuves d'artiste signées et non numérotées.
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- "[...] L'attachement croissant de Palézieux à la gravure se fait d'autant mieux que l'artiste ne recherche aucunement, dans ses œuvres gravées, à créer une thématique nouvelle, qui procéderait par exemple de l'imagination; il y représente au contraire des lieux et des objets qu'il connaît parfaitement, qu'il a souvent peints, et depuis longtemps. Il s'agit donc d'un travail d'intensification et d'approfondissement, d'une relation devenue "habituelle" avec ces objets et ces lieux, et s'il y a invention, elle n'est que dans la technique. Il faut ajouter que la gravure change essentiellement le rapport de l'artiste à son sujet en lui imposant un espace et un temps spécifiques, différents de ceux de la peinture. En créant d'abord un éloignement : on ne grave pas sur le motif; médiatisé par la mémoire - avec ou sans le secours d'un dessin, d'une peinture ou d'une photographie - , le contact avec la nature ou l'objet est sensiblement moins abrupt, moins "tyrannique" il laisse davantage place à la rêverie et à la méditation. Ensuite, un retardement : l'œuvre gravée ne donne pas à voir, même progressivement, avant l'opération finale, mécanique, qui la révèle; il y a attente et souvent des surprises, quelle que soit la maîtrise de l'artiste qui a longuement travaillé à quelque chose d'abord presque invisible ou illisible au regard "normal". Il y a aussi beaucoup plus qu'en peinture, de l'irrémédiable.
- Il est remarquable que cet éloignement et ce rendement propres à la pratique de la gravure répondent en profondeur à la poétique de Palézieux peintre et en un sens l'accomplissent. Ainsi dans ses tableaux de paysages, le monde apparaît toujours vu d'un peu loin, tenu à une certaine distance, avec des premiers plans souvent dégagés et un horizon large, le regard cherchant moins à saisir les choses qu'à embraser l'espace (il y a un goût du panorama chez Palézieux, peut-être hérité des vieux maîtres hollandais comme Philippe Koninck, Constantin Huygens ou Rembrandt). Ses visages, ses nus, la plupart du temps se détournent et se devinent lointains, pris dans une distraction essentielle, que leurs poses vaguement alanguies, jamais anecdotiques, confirment. Et dans ses natures mortes, on croirait que les objets, menacés de disparaître, de se résorber dans leur pure présence silencieuse, roidissent leurs formes, se contractent pour rester visibles.
- Certains thèmes de Palézieux sont également très révélateurs: la campagne enneigée par exemple, ou la lagune de Venise, ou encore la perspective fuyante d'un canal ou d'un cours d'eau… Ici et là se réalise une unité spatiale et visuelle simple, qu'aucune figure ne vient rompre et où les détails valent moins pour eux-mêmes que pour la ponctualisation et le rythme qu'ils apportent à la composition.
- Yves Bonnefoy a pu parler de "dispositions mélancoliques" à propos de Palézieux, et en effet, il semble que la nature, les êtres et les objets que le peintre représente soient frappés d'une sorte d'ataraxie, qu'ils se maintiennent dans une zone indécise entre le rêve et le réel, dans un temps suspendu, un espace méditatif, où l'action, n'a pas, n'a plus sa place; on pressent une angoisse diffuse, mais qui serait elle-même passée, en cours d'oubli, déjà doucement effacée. Comme le mélancolique perçoit en toute chose la finitude et une distance irréductible entre le monde et lui, une distance qu'il rêve pourtant d'abolir, la peinture de Palézieux donne toujours de ce quelle montre une vue arrêtée, toute empreinte du désir de retrouver l'émotion immédiate d'une beauté perdue.
- Or la gravure accentue ces caractères. D'une part en oubliant la couleur, elle crée nécessairement une distance supplémentaire et une gravité très propices à la mélancolie (on songe à une étymologie imaginaire qui rapprocherait "gravure" et "gravité"). D'autre part, l'importance qu'y acquièrent en conséquence les traits et les formes impose à la composition un resserrement et une rigueur qui ajoutent de la force au sentiment exprimé. Bachelard notait ainsi, à propos des burins d'Albert Flocon: "Dans la gravure, les formes particulières sont nécessairement intégrées à un ensemble. Ce principe d'intégration des formes me paraît un des privilèges de la gravure. Les formes ne peuvent jamais se tenir dans la page qu'intégrées les unes aux autres, jamais simplement juxtaposées, jamais totalement fondues."
- Mais de cela, s'ensuit que si la peinture, comme on l'a dit, est toujours menacée par des effets faciles de touche et de pâte, la gravure l'est aussi par une sécheresse consécutive aux difficultés et à la minutie de son exécution, soit que le trait se durcisse ou se dénude à l'excès, soit que les formes s'agencent trop rigoureusement dans une sorte d'extériorité. On sent parfois cette menace poindre dans certaines natures mortes de Palézieux, où l'espace semble se refermer sur les objets, comme pour les retenir, les forcer à paraître. Mais l'on ne sent pas moins une réaction de l'artiste contre elle, en particulier dans ses magnifiques grands paysages qu'il multiplie désormais et qui constituent à l'évidence un aboutissement de son œuvre gravé. L'usage des procédés complexes, l'aquatinte, le vernis mou qui laissent place aux accidents du hasard, y module d'un certain flou la dureté des tracés, crée de subtiles et presque imprévisibles variations d'ombres et de lumière, et, dans l'infinie variété des noirs, des blancs et des gris, invente un véritable chromatisme paradoxal. Palézieux donne ainsi à la gravure des moyens comparables à ceux de la peinture, rapproche l'une de l'autre, si bien que des planches prennent l'aspect de lavis; la mélancolie y gagne encore, qui préfère les demi-teintes aux forts contrastes, la douceur des lignes à leur puissance descriptive et l'incertitude de l'espace à l'affirmation des formes.
Alain Madeleine-Perdrillat
- Extrait : préface à L'œuvre gravé de Palézieux, tome IV - 1990-1999 par François Daulte,
avec la collaboration de Martine & Olivier Daulte, La Bibliothèque des Arts, Lausanne.
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